Retraite progressive : ce que l'employeur doit accepter, à quel coût

Accessible dès 60 ans depuis septembre 2025, la retraite progressive se demande deux mois avant et s'impose à l'employeur sauf incompatibilité avec l'activité. Délais, refus motivé, surcotisation et coût réel.

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Anne-Gabrielle Compagnon

October 21, 2026
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Retraite progressive : ce que l'employeur doit accepter, à quel coût

📌 À retenir

  • Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est ouverte dès 60 ans, avec 150 trimestres, pour un temps partiel compris entre 40 % et 80 %.
  • Le salarié vous adresse sa demande par lettre recommandée deux mois avant la date souhaitée ; vous avez deux mois pour répondre, et votre silence vaut acceptation.
  • Vous ne pouvez refuser que pour un motif précis : l'incompatibilité de la durée demandée avec l'activité économique, à justifier par écrit.
  • Le salaire est proratisé ; vous pouvez accepter de cotiser sur la base d'un temps plein, ce qui coûte peu et sécurise sa pension.
  • Bien préparée, la retraite progressive sert la transmission des compétences et réduit le coût d'une fin de carrière.

Un salarié de 61 ans vous remet une lettre recommandée : il demande à passer à 60 % de son temps à partir de janvier, en retraite progressive. Vous avez deux mois pour répondre, et si vous ne répondez pas, c'est oui. Depuis que le dispositif est accessible dès 60 ans, les demandes se multiplient dans les PME, et beaucoup de dirigeants découvrent à cette occasion qu'ils n'ont presque aucune marge de refus.

Voici ce que la loi impose à l'employeur, ce que cela coûte, et comment en faire un outil plutôt qu'une contrainte.

Qu'est-ce que la retraite progressive ?

C'est un dispositif qui permet à un salarié proche de la retraite de réduire son temps de travail tout en percevant une fraction de sa pension, de base et complémentaire, calculée en proportion du temps non travaillé. Un salarié à 60 % de temps perçoit 60 % de son salaire et 40 % de sa pension provisoire, et continue d'acquérir des droits sur son activité. Au départ définitif, la pension est recalculée en tenant compte des trimestres et des points accumulés pendant la période.

Le cadre est fixé aux articles L. 161-22-1-5 et suivants du Code de la sécurité sociale, et les conditions ont changé en 2025 :

ConditionRègle applicable
Âge60 ans pour les pensions prenant effet depuis le 1er septembre 2025 (décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025), au lieu de deux ans avant l'âge légal
Durée d'assurance150 trimestres, tous régimes de base confondus
Temps de travailEntre 40 % et 80 % d'un temps complet, en salariat ou non
Pension verséeFraction égale au temps non travaillé : 40 % de la pension pour un temps partiel à 60 %
Fin du dispositifReprise à temps plein, revenu partiel atteignant le revenu antérieur, ou liquidation définitive

L'abaissement à 60 ans est le changement qui vous concerne : il avance de deux à quatre ans, selon les générations, le moment où un salarié peut vous demander un temps partiel que vous aurez du mal à refuser. Le détail des conditions figure sur Service-Public.

Quelles sont les obligations de l'employeur face à une demande ?

Le salarié n'a pas à négocier : il demande. La procédure est encadrée dans ses délais comme dans ses motifs, et c'est ce qui distingue la retraite progressive d'un passage à temps partiel ordinaire.

La demande

Elle se fait par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins deux mois avant la date de début souhaitée. Elle précise la durée de travail demandée, qui doit rester dans la fourchette de 40 à 80 %, et la date d'effet. Le salarié dépose en parallèle sa demande de pension auprès de sa caisse de retraite, qui vérifie l'âge et les trimestres.

La réponse

Vous disposez de deux mois à compter de la réception pour répondre par écrit. À défaut de réponse écrite et motivée dans ce délai, la demande est considérée comme acceptée. Un accord donné par oral ou un silence valent donc engagement, avec un avenant au contrat de travail à formaliser.

Le refus

Il n'est possible que si la durée demandée est incompatible avec l'activité économique de l'entreprise. Votre réponse doit décrire les conséquences concrètes sur la continuité de l'activité et, si un recrutement est nécessaire pour compenser, les difficultés à y procéder. Un refus de principe, ou fondé sur l'âge, est contestable devant le conseil de prud'hommes, avec un risque de discrimination.

⚠️ Attention : le refus porte sur la durée demandée, pas sur le principe. Si un temps à 40 % désorganise un poste clé, proposez par écrit une quotité compatible, par exemple 60 ou 70 %, et des modalités de répartition dans la semaine. Une contre-proposition motivée protège bien mieux qu'un refus sec, et elle est souvent acceptée, puisque le salarié cherche d'abord à alléger sa charge.

Combien coûte un salarié en retraite progressive ?

Le salaire est proratisé selon la quotité, et les cotisations suivent. Pour un salarié à 3 500 € brut qui passe à 60 %, le brut devient 2 100 € et le coût chargé passe d'environ 5 000 € à 3 000 €. Deux options modifient ce calcul.

La première est la cotisation sur la base d'un temps plein, prévue par l'article L. 241-3-1 du Code de la sécurité sociale. Elle suppose l'accord du salarié et le vôtre, et permet de maintenir ses droits à retraite comme s'il travaillait à temps complet.

Vous pouvez prendre en charge la part salariale de ce supplément ; cette prise en charge est exclue de l'assiette des cotisations et n'est pas imposable pour le salarié, à condition d'être décidée par accord collectif ou décision unilatérale.

Pour l'entreprise, le surcoût se limite aux cotisations vieillesse sur la fraction non travaillée, de l'ordre de 10 à 15 % du salaire temps plein, soit quelques centaines d'euros par mois.

La seconde est l'organisation du temps libéré. Si le poste exige un remplacement partiel, un CDD ou un temps partiel de complément s'ajoute au coût. Si la charge peut être redistribuée ou réduite, l'opération est neutre. Le tableau résume l'arbitrage pour un salarié à 3 500 € brut passé à 60 % :

ScénarioCoût mensuel chargéCe que le salarié perçoit
Temps plein (référence)≈ 5 000 €≈ 2 730 € nets de salaire
Retraite progressive à 60 %, sans surcotisation≈ 3 000 €≈ 1 640 € nets + 40 % de la pension
Retraite progressive à 60 %, avec surcotisation prise en charge≈ 3 300 à 3 500 €Idem, avec des droits à retraite de temps plein
Temps partiel à 60 % + CDD de complément à 40 %≈ 5 000 à 5 400 €Idem, poste entièrement couvert

Les montants sont des ordres de grandeur, avec des charges patronales d'environ 42 % et salariales de 22 %. Ils montrent l'essentiel : la retraite progressive est le seul temps partiel que le salarié accepte sans perte de niveau de vie, parce que la pension comble une partie de l'écart. C'est ce qui rend le refus difficile, et l'accord facile.

Pourquoi accompagner la retraite progressive plutôt que la subir ?

Les entreprises qui l'anticipent y trouvent trois avantages que celles qui la subissent n'obtiennent pas.

Le premier est la transmission. Un salarié expérimenté à 60 % de temps pendant deux ou trois ans a le temps de former son successeur, de documenter ce qu'il sait, et de passer les relations clients ou fournisseurs. Un départ sec à 64 ans ne laisse rien de tout cela. Le temps libéré peut être affecté par avenant à des missions de tutorat, ce qui donne un cadre à la transmission.

Le deuxième est le coût de la fin de carrière. Un salarié en retraite progressive part ensuite en retraite définitive avec une indemnité de départ calculée sur son salaire de référence, proratisé entre les périodes à temps plein et à temps partiel. Et pendant la période, les jours épargnés sur un compte épargne-temps peuvent compléter sa rémunération sans toucher à la paie courante.

Le troisième est la reconnaissance. La demande arrive en général chez des salariés de 20 ou 30 ans d'ancienneté, dont certains sont éligibles à la médaille du travail. Accepter la retraite progressive, en organiser les conditions et marquer l'étape sont trois gestes qui comptent pour toute l'équipe, pas seulement pour l'intéressé.

💡 Bon à savoir : la retraite progressive n'est pas réservée aux salariés en fin de parcours chez vous. Un salarié de 60 ans qui remplit les conditions peut la demander dès son embauche à temps partiel, et un salarié déjà à temps partiel peut la demander sans changer sa quotité. Dans ce dernier cas, votre accord porte seulement sur le maintien de la durée existante.

Comment organiser la réponse et l'avenant ?

La procédure tient en cinq étapes, à dérouler dans les deux mois.

  1. Vérifier l'éligibilité : âge de 60 ans à la date d'effet et attestation de la caisse de retraite sur les 150 trimestres. Si la caisse refuse, la demande de temps partiel tombe avec elle.
  2. Analyser le poste : la quotité demandée est-elle compatible avec l'activité ? Si non, préparer une contre-proposition chiffrée et la justification écrite des conséquences.
  3. Répondre par écrit, par lettre recommandée, avant l'expiration des deux mois, en précisant la quotité acceptée, la date d'effet et la répartition des horaires.
  4. Rédiger l'avenant au contrat : durée du travail, répartition, rémunération proratisée, option de cotisation sur temps plein et sa prise en charge éventuelle.
  5. Paramétrer la paie : quotité, cotisations, et le cas échéant la ligne de surcotisation. La caisse de retraite verse la pension partielle directement au salarié ; vous n'intervenez pas.

Le salarié qui reprend un temps plein, ou dont le revenu partiel atteint son revenu antérieur, perd définitivement le bénéfice du dispositif. C'est un point à rappeler dans l'avenant, notamment si vous envisagez de lui confier des heures complémentaires. La suite logique est le départ du salarié, avec ses documents de fin de contrat et son indemnité.

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Questions fréquentes (FAQ)

L'employeur peut-il refuser une retraite progressive ?

Seulement si la durée de travail demandée est incompatible avec l'activité économique de l'entreprise, et en justifiant ce refus par écrit dans les deux mois. Un refus non motivé, ou hors délai, vaut acceptation de la demande. Le refus porte sur la quotité, pas sur le principe.

À quel âge peut-on demander la retraite progressive en 2026 ?

À 60 ans, pour les pensions prenant effet depuis le 1er septembre 2025 (décret n° 2025-681 publié sur Légifrance), à condition de justifier de 150 trimestres d'assurance. Avant cette date, l'âge était fixé à deux ans avant l'âge légal de départ, soit 62 ans pour les générations concernées par la réforme de 2023.

Quel délai pour répondre à une demande de retraite progressive ?

Deux mois à compter de la réception de la lettre recommandée du salarié. Sans réponse écrite et motivée dans ce délai, la demande est réputée acceptée. Le salarié doit lui-même la présenter au moins deux mois avant la date souhaitée.

Faut-il cotiser sur un temps plein pendant la retraite progressive ?

Ce n'est pas une obligation, mais une option ouverte par accord entre le salarié et l'employeur. Elle maintient les droits à retraite d'un temps complet. L'employeur peut prendre en charge la part salariale du supplément, qui est alors exonérée de cotisations et d'impôt pour le salarié.

Le salarié en retraite progressive peut-il faire des heures complémentaires ?

Oui, dans les limites du temps partiel, mais avec prudence : si son revenu d'activité atteint le revenu antérieur actualisé, ou si sa quotité sort de la fourchette de 40 à 80 %, la pension partielle est suspendue ou supprimée. Mieux vaut fixer la quotité au bon niveau dès l'avenant.

Que se passe-t-il à la fin de la retraite progressive ?

Le salarié demande la liquidation définitive de sa pension, recalculée avec les droits acquis pendant la période, et quitte l'entreprise avec une indemnité de départ à la retraite. Le départ suit la procédure habituelle : préavis, documents de fin de contrat, solde de tout compte. Son montant dépend de l’ancienneté et de qui décide le départ, comme le fixe le barème de l’indemnité de départ à la retraite.

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