📌 À retenir
- Est du travail de nuit tout travail accompli entre 21 h et 6 h, sauf période différente fixée par accord, d'au moins 9 heures consécutives incluant minuit à 5 h.
- Un salarié devient travailleur de nuit s'il effectue au moins 3 heures de nuit deux fois par semaine, ou 270 heures de nuit sur 12 mois.
- Le travailleur de nuit a droit à un repos compensateur obligatoire et, le cas échéant, à une majoration de salaire fixée par la convention collective ; la loi n'impose aucun taux.
- Durée maximale : 8 heures par nuit, 40 heures par semaine en moyenne sur 12 semaines, suivi médical renforcé tous les 3 ans.
Le travail de nuit n'est pas interdit, mais il est encadré comme peu d'organisations du temps de travail le sont : mise en place par accord, contreparties obligatoires, durées plafonnées, suivi médical particulier. Beaucoup de PME le pratiquent sans le savoir, avec une équipe de fermeture ou une permanence de nuit, et découvrent les règles au moment d'un contrôle ou d'un départ.
Voici ce qui définit le travail de nuit et le travailleur de nuit, ce que vous devez payer ou compenser, comment le mettre en place, et ce que cela coûte réellement sur un poste.
Qu'est-ce que le travail de nuit ?
L'article L. 3122-2 du Code du travail retient par défaut la plage de 21 heures à 6 heures. Une convention ou un accord collectif peut en fixer une autre, à condition qu'elle dure au moins 9 heures consécutives et qu'elle comprenne l'intervalle entre minuit et 5 heures. Pour certaines activités, comme la presse, l'audiovisuel ou le commerce en zone touristique internationale, la plage commence plus tard.
Le travail de nuit doit rester exceptionnel. Il n'est admis que s'il est justifié par la nécessité d'assurer la continuité de l'activité économique ou des services d'utilité sociale, et il doit prendre en compte les impératifs de protection de la santé et de la sécurité des salariés. Ce principe conditionne tout le reste : un accord qui l'institue sans justification est fragile.
Qui est travailleur de nuit ?
Travailler de nuit ne suffit pas pour relever du statut. Le travailleur de nuit est celui qui, selon son horaire habituel, accomplit au moins 3 heures de travail de nuit, deux fois par semaine, ou qui effectue au moins 270 heures de nuit sur 12 mois consécutifs, seuil par défaut que l'accord collectif peut modifier. Un salarié de jour qui termine une fois par mois à 22 heures n'est pas travailleur de nuit, mais ses heures après 21 heures sont des heures de nuit.
La distinction compte, parce que les contreparties obligatoires, le suivi médical renforcé et les durées maximales ne s'appliquent qu'au travailleur de nuit. Pour le salarié occasionnel, seule la majoration éventuellement prévue par la convention collective joue. La fiche de Service-Public détaille les deux critères et leurs variantes conventionnelles.
⚠️ Attention : les salariés de moins de 18 ans ne peuvent pas travailler entre 22 heures et 6 heures, sauf dérogation sectorielle, et une salariée enceinte travaillant de nuit doit être affectée à un poste de jour si elle le demande ou si le médecin du travail le constate, avec maintien de sa rémunération.
Quelles contreparties l'employeur doit-il accorder ?
Le travailleur de nuit bénéficie de contreparties au titre des périodes de nuit, sous forme de repos compensateur, et, le cas échéant, de compensation salariale. Le repos est obligatoire ; la majoration ne l'est que si l'accord ou la convention la prévoit. En pratique, la plupart des conventions collectives fixent les deux, avec des taux de majoration qui varient fortement d'une branche à l'autre. L'astreinte de nuit obéit à un autre régime : seule l'intervention est du temps de travail.
| Règle | Travailleur de nuit | Salarié de jour avec heures de nuit |
|---|---|---|
| Repos compensateur | Obligatoire, durée fixée par accord | Non, sauf convention |
| Majoration de salaire | Selon convention ou accord | Selon convention ou accord |
| Durée maximale quotidienne | 8 heures, dérogations par accord ou inspecteur | 10 heures de droit commun |
| Durée hebdomadaire moyenne | 40 heures sur 12 semaines (44 par accord) | 44 heures sur 12 semaines |
| Suivi médical | Visite avant affectation puis tous les 3 ans au plus | Suivi de droit commun |
| Repos quotidien | 11 heures, pris après la période travaillée | 11 heures |
La majoration de nuit se cumule avec celle des heures supplémentaires lorsque les deux se superposent, sauf disposition conventionnelle contraire. Une heure de nuit au-delà de la 35ᵉ heure est donc majorée deux fois, ce qui pèse vite sur le coût d'une permanence.
Comment mettre en place le travail de nuit ?
La mise en place passe par une convention ou un accord collectif d'entreprise ou de branche, qui fixe les justifications, la période de nuit, les contreparties, l'organisation des temps de pause et les mesures d'amélioration des conditions de travail. À défaut d'accord, l'employeur peut affecter des salariés à des postes de nuit sur autorisation de l'inspecteur du travail, après avoir engagé loyalement des négociations et consulté le CSE.
Trois obligations suivent la mise en place :
- organiser la visite médicale du travail avant l'affectation, puis au plus tard tous les 3 ans, par le médecin du travail lui-même ;
- garantir la priorité de retour à un poste de jour au travailleur de nuit qui le demande, et l'informer des emplois disponibles ;
- consulter le CSE sur l'organisation et suivre l'exposition au titre du compte professionnel de prévention, à partir de 120 nuits par an.
💡 Bon à savoir : le passage d'un poste de jour à un poste de nuit constitue une modification du contrat de travail. Le salarié peut le refuser, et ce refus n'est pas une faute, sauf si son contrat prévoit expressément le travail de nuit.
Combien coûte un poste de nuit ?
Prenons un salarié à 2 200 € brut pour 151,67 heures, affecté à une équipe de nuit cinq nuits par semaine, avec une convention prévoyant une majoration de 20 % sur les heures de nuit et un repos compensateur de 2 % des heures de nuit travaillées. Sur un mois, la majoration représente environ 440 € brut, soit près de 620 € chargés, et le repos compensateur, environ 3 heures, un peu moins de 45 € brut supplémentaires de temps rémunéré non travaillé.
Le coût direct d'un poste de nuit dépasse donc de 25 % à 30 % celui du même poste en journée, avant même les coûts indirects : turnover plus élevé, absentéisme, suivi médical, et prime de panier de nuit prévue par la plupart des conventions, exonérée dans la limite de 7,50 € par repas en 2026. Les montants donnés sont des ordres de grandeur, à recalculer avec votre taux de charges.
Ce que nous observons chez May
Les équipes de nuit sont celles qui profitent le moins des avantages conçus pour la journée : le restaurant d'entreprise est fermé, le titre-restaurant à 20 heures sert peu, la salle de sport partenaire n'ouvre pas à 7 heures du matin. Chez May, nous constatons que ces salariés sont souvent les mieux payés à l'heure et les plus mal servis en avantages.
La cagnotte May corrige ce décalage sans créer de régime à part : chaque salarié affecte son enveloppe entre neuf familles d'avantages exonérés, titres-restaurant, mobilité, télétravail, sport, services à la personne, cadeaux, vacances, culture et CSE externalisé, avec les plafonds URSSAF appliqués automatiquement. Un salarié de nuit bascule naturellement vers les services à la personne, les courses livrées ou le sport en horaires décalés, à coût employeur identique.
Questions fréquentes (FAQ)
À partir de quelle heure commencent les heures de nuit ?
À 21 heures et jusqu'à 6 heures par défaut. Une convention collective ou un accord d'entreprise peut retenir une autre plage, par exemple 22 heures à 7 heures, à condition qu'elle couvre au moins 9 heures consécutives incluant minuit à 5 heures.
La majoration des heures de nuit est-elle obligatoire ?
Non par la loi. Le Code du travail impose un repos compensateur au travailleur de nuit et renvoie à l'accord collectif pour une éventuelle compensation salariale. En pratique, presque toutes les conventions collectives prévoient une majoration, entre 10 % et 30 % selon les branches.
Un salarié peut-il refuser de passer en horaires de nuit ?
Oui. Le passage de jour à nuit modifie le contrat de travail et suppose l'accord du salarié. Le refus n'est pas fautif. En revanche, un salarié embauché pour un poste de nuit ne peut pas refuser les horaires prévus à son contrat.
Combien d'heures un travailleur de nuit peut-il faire par nuit ?
8 heures au maximum, sauf accord collectif ou autorisation de l'inspecteur du travail pour circonstances exceptionnelles. La moyenne hebdomadaire est plafonnée à 40 heures sur 12 semaines consécutives, 44 heures par accord.
Le travail de nuit ouvre-t-il des droits à la retraite ?
Oui, par le compte professionnel de prévention : au-delà de 120 nuits par an, le salarié acquiert des points utilisables pour une formation, un passage à temps partiel ou un départ anticipé à la retraite.
Faut-il un accord pour faire travailler ponctuellement un salarié la nuit ?
Non, si le salarié ne devient pas travailleur de nuit au sens des seuils. Les heures effectuées entre 21 heures et 6 heures restent des heures de nuit, majorées selon la convention, mais le statut et ses obligations ne s'appliquent pas.







